Nos propositions › Dans la presse

Tribune

Rachida Dati, Qatargate, Huaweigate...

Il reste beaucoup à faire pour lutter contre la corruption en Europe

Pour bâtir un bouclier démocratique et anticorruption, l’Europe doit engager des réformes structurelles, parmi lesquelles la création d’une autorité d’éthique indépendante, préconisent les chercheurs Matthieu Caron, Juliette Lelieur et Antoine Vauchez.

Rachida Dati, Qatargate, Huaweigate...

Lutte contre la corruption en Europe : l'urgence d'un bouclier démocratique

Dans cette tribune publiée par Libération, les universitaires et chercheurs Matthieu Caron, Juliette Lelieur et Antoine Vauchez alertent sur la vulnérabilité des institutions européennes face à la corruption et aux ingérences étrangères, appelant à rompre avec l'illusion de l'autorégulation.

Le diagnostic : des institutions vulnérables et désarmées

  • Une menace directe pour la souveraineté : Avec un coût estimé à près de 1 000 milliards d’euros par an pour l'économie européenne, la corruption sert de vecteur aux ingérences de puissances étrangères hostiles, comme l'ont illustré les affaires du Qatargate, du Huaweigate ou le phénomène de « schrödérisation » des élites politiques.
  • L’échec de la « soft law » et des contrôles : Les codes de conduite et déclarations d’intérêts restent purement déclaratifs. À titre d'exemple, les déclarations des eurodéputés français au Parlement européen divergent plus d'une fois sur deux de celles déposées auprès de la HATVP.
  • Des conflits d'intérêts massifs : Près de 200 eurodéputés exercent en parallèle une activité professionnelle rémunérée dans le privé (administrateurs de groupes, avocats d'affaires), ce qui facilite les stratégies de capture.
  • Des organes de contrôle morcelés : Les comités d'éthique internes manquent d’indépendance et d’autosaisine, l’Olaf manque d’autonomie, et le Parquet européen (EPPO) reste limité aux atteintes directes au budget de l'UE, sans pouvoir agir sur la corruption politique sans préjudice financier direct.

Les 4 réformes structurelles préconisées

  1. Créer une autorité d’éthique indépendante : Remplacer l'accord minimaliste de 2024 par une autorité composée d’experts autonomes, dotée de pouvoirs d’autosaisine, d’enquête, de contrôle fiscal et de sanction, sur le modèle canadien.
  2. Élargir les compétences du Parquet européen (EPPO) : Étendre son champ d'action aux affaires de corruption impliquant des fonds privés et touchant les dirigeants de l'UE, tout en introduisant des procédures d'accords négociés (type CJIP ou DPA).
  3. Interdire le cumul d'activités de lobbying : Prohiber l'exercice d'activités secondaires rémunérées auprès d’entités enregistrées sur le registre de transparence des lobbies.
  4. Soumettre l'UE au contrôle du GRECO : Mettre fin à l'asymétrie actuelle en alignant les institutions européennes sur les standards du Groupe d'États contre la corruption du Conseil de l'Europe, déjà appliqués aux États membres.

Liens

Publié le 26/09/2026 ∙ Média de publication : Libération

L'auteur

Matthieu Caron

Matthieu Caron

Directeur général

L'auteur

Juliette Lelieur

Juliette Lelieur

L'auteur

Antoine Vauchez

Antoine Vauchez